Une maison sur place ou à emporter ?

loftcubePliables, modulables, recyclables, les nouveaux espaces à habiter sont déjà prêts pour de nouveaux modes de vie.

J’habite, donc je suis. L’apparition de nouveaux modes de vie et le nomadisme généralisé, qu’il soit choisi ou imposé, fait que l’on se penche avec de plus en plus d’attention sur nos machines à habiter.

Celles-ci doivent être de plus en plus malléables, recyclables, modulables voire portables, adaptables à volonté à des situations parfois limites.

Ainsi a-t-on pu voir l’architecte japonais Shigeru Ban réaliser, avec pour seul matériau des tubes de carton, des maisons pour des SDF, des logements pour les rescapés d’un tremblement de terre en Turquie ou un prestigieux pavillon d’exposition. Maison-Kleenex jetable après usage, maison-vêtement ou caravane améliorée, espaces minuscules mais confort majuscule pour urbains qui veulent bien être compressés mais pas stressés… plusieurs livres nous font visiter ces demeures qui sont peut-être celles de notre futur, évoquées également lors du récent salon Habiter au cœur du jardin des Tuileries.

Ainsi, les Parisiens ont-ils pu découvrir les créations de l’architecte Gilles Ebersolt, qui a mis au point une «cellule d’habitation et d’observation» qui, perchée dans un arbre, permet d’observer la nature et de dormir sur place. Le même a imaginé une «chambre à roulettes» inspirée de la bonne vieille brouette, que l’on peut déplacer à volonté, ainsi que la «Ballule», une bulle de quatre mètres de diamètre pourvue d’un habitacle intérieur.

Plus réalistes, et néanmoins artistiques, les «mobil homes» de Joep Van Lieshout sont des variations sur le thème de la caravane qui tiennent à la fois de la sculpture et de l’objet utilitaire. Remarquable, sa cabine monobloc en polyester rouge pompier, aménagée en salle de bains, constitue une solution intéressante pour habitat provisoire.

Parmi d’autres propositions utopiques, une étonnante «maison-valise» pliable, ainsi que le travail de Marion Duclos, jeune designer qui a planché sur la formule «habiller-habiter». Résultat: une insolite cabine-manteau de matière textile qui tient à la fois de la tente, de la carapace de tortue et du refuge pour SDF.

Et si toutes ces folies vous font rêver, sachez qu’il existe déjà dans le commerce une chambre portable en nylon anti-déchirure d’environ 20 m2, gonflable en trois minutes grâce à un ventilateur silencieux. Elle peut être déployée en intérieur comme en extérieur, et utilisée comme pièce de repos, de réflexion ou réservée à des conversations privées à l’abri de sa porte fendue auto-adhésive. Une fois pliée, elle se range dans un sac et ne pèse que 12 kilos. Créée par la designer Monica Förster et éditée par Silvera, «Cloud» (c’est son nom) est disponible au prix de 3 110 euros TTC et permet de se sentir chez soi partout.

Parce que de nos jours l’espace est un luxe, nombreux sont les architectes, designers et décorateurs à avoir planché sur les meilleures façons de caser dans votre modeste studio séjour, chambre, bureau, salle de bains, cuisine et dépendances sans oublier la buanderie. Conçue par Jane Graining, une Anglaise pragmatique et chic, «XXS, vivre les petits espaces» est un assez bon manuel pratique qui fait le tour de toutes les astuces et ressources, pièce par pièce. Seule réserve: si vous suivez ses conseils, n’espérez pas trop arriver à un résultat aussi élégant et clean que dans ces photographies flatteuses d’aménagement tendant vers l’idéal. Dans la vie réelle, les empilements de boîtes de rangement et les ustensiles de cuisine sur des étagères ouvertes ont vite fait de se transformer en un sympathique bric-à-brac.

Même point de départ, mais infiniment plus de poésie pour le livre de Phyllis Richardson, «XS: grandes idées, petites structures», qui explore les petites constructions «compactes et ingénieuses» qui vont du belvédère hérisson au chalet de montagne en kit, de l’abribus au pavillon flottant en passant par le pavillon de thé à la japonaise ou la station alpine transportable. Pour cette spécialiste de l’architecture et du design, le manque d’espace, loin de représenter un handicap, peut devenir au contraire une formidable stimulation pour la créativité. Une série de «fiches projets» permet de commander directement à leurs créateurs certains des bâtiments évoqués dans le livre: le pavillon de thé de Shigeru Uchida pour moins de 14 000 euros, la «maison-valise» (vue au salon Habiter) pour à peine plus de 60 000 euros et, pour 50 dollars US, la «casa basica» en polyester métallisé de Martín Ruiz de Azúa, un volume de 8 m3 qui, une fois replié, tient dans la poche et ne pèse que 200 grammes!

De leur côté, Olivier Darmon et le photographe Eric Tourneret sont partis à la rencontre de quelques personnages peu conformistes qui, poussés parfois par la nécessité (la difficulté d’obtenir des permis de construire par exemple) mais le plus souvent par leur pure et simple fantaisie, se sont fabriqué sur mesure des habitats originaux. Une série de roulottes de cirque restaurées et disposées en cercle pour un ancien dentiste devenu photographe en Camargue. Une cabane de bois perchée dans un pin d’Alep au cœur du Luberon. Une hutte celtique entre Fribourg et Berne. Une maison-sculpture en pierres de la montagne sur le causse de Sauveterre. Et bien sûr beaucoup de bâtiments détournés de leur destination première, ancienne usine, serre d’horticulteur, ex-gare de téléphérique, ou encore quatre cabanes de chantier installées dans un hangar de briques sur les quais de l’ancien port de Gand… de drôle de maisons qui sont aussi de jolies invitations au voyage.